CHARLOTTE MOFFET

  1. Être le premier élève sur le chemin du transport scolaire c’est-à-dire habiter, une banlieue trop éloignée pour se lever à une heure raisonnable. Attendre toujours sous le regard maternel qu’il faut remercier pour son amour filial, son refus de l’instruction publique au détriment du sommeil infantile précieux.
    1. Quelques minutes statiques, au sol qui borde l’asphalte

fesses reposant sur l’herbe aux premières lueurs de l’été ;

pieds ancrés dans le tapis blanc au cœur de l’épaisse noirceur hivernale.

  1. Quelques heures bercées, mouvement inconstant du monstre mécanique.

Subir le poids du silence     malaise perpétué jusqu’à l’arrêt suivant en la seule présence d’un homme qui s’est vu imposer l’instruction publique.

 

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  1. Tuer un temps interminable le visage contre la fenêtre en mouvement et s’y heurter à répétition, marques rythmiques du passage d’une ville à l’autre. Ne pas se déranger de l’afflux progressif de nouveaux enfants.
    1. Ne pas connaître les autres passagers

les voir souvent,           tous les jours ;

les discréditer sans cesse de ne pas recevoir la même instruction privée.

  1. Ne pas vouloir connaître les autres passagers.

Se complaire dans son silence imaginaire

( il reste une heure avant le transfert dans le bus du Collège ).

 

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  1. Plonger son regard dans l’espace aéré qui défile, ponctué par des arbres isolés le long du tracé tortueux des diverses campagnes, lignes horizontales plates mais clairsemées de             battements                    cardiaques
    1. Déjà goûter à la solitude qui n’en finit pas de finir

perdre le souffle ;

ressentir une douleur jusqu’alors inconnue

( l’affliction prend plus de place dans le corps de l’enfant que de l’adulte ) ;

choisir de garder la désolation pour soi.

  1. Déjà concéder à tout être le besoin de l’Autre.

Et particulièrement à soi-même.

 

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