a

198 West 21th Street, Suite 721
Email: hello@yourdomain.com

nous marchons sur un fil de fer qui s’affile sous nos gorges

un fil prêt à trancher la carotide si nos pieds dérapent si nous dévions de notre trajectoire si nous perdons cet impossible équilibre que nécessite l’audace factice

si nos thorax se gonflent comme des ballons dirigés vers le plafond le toit la voûte céleste

pour nous sky is certainly the limit comme dans

«  nous avons encore fracassé le plafond de verre tel l’oiseau fragile qu’ils veulent que nous soyons  »

il ne faut pas viser trop haut ou ça vous retombe sur le nez comme dans

«  elles ne portent plus à terre et ça causera leur perte  »

 

nous qui sommes pourtant enchaînées à notre réel

militantes critiques critiquées parce que nous tenons tête

dites têtues like it’sa bad thing

 

nous ne savons plus quels visages adopter quels sourires crispés superposer sur nos moues déconfites

nous lisons Virginie Despentes Roxane Gay Maggie Nelson Martine Delvaux

nous ne les citons pas puisque les armes féministes sont prohibées

il faudrait nous fendre dans le silence et opiner du bonnet sans émettre une opinion qui n’est pas permise par la pensée dominante sans dénoncer le manque de vérifications les imprécisions du discours la bouillie brune d’impressions de papiers froissés de journaux JDM recyclés

trognons de pommes éditoriaux

il n’existe aucun fait il n’y a pas de violence factuelle rien de méprisable et le fil nous coupe la peau des orteils nous coupe la langue jusqu’à ce qu’elle soit divisée en deux comme dans

« parler des deux côtés de la bouche »

nous sommes aspics traîtresses impostures

nous sifflons l’air qui fera danser nos hôtes pour les apprivoiser les amadouer

nous connaissons notre éducation nous savons ne pas mettre en danger ni leur médiocrité ni notre prétention à la vertu

nous sommes encore suspendues entre le sol et le ciel sur le fil qui nous fouette nous aiguille vers la bonne direction vers la sortie la promesse de l’armistice et les vertus de l’inertie

nous évoquons des évidences molles célébrons les concertations parce que les bonnes postures n’existent pas

les bonnes postures sont insoutenables elles nous désagrègent elles nous calcifient elles vieillissent mal elles sont apories et aliénations

nous sommes scindées entre un extrême et un autre et le fil se tend davantage

nous n’en voyons pas l’aboutissement

il nous faut naviguer sans se noyer sans atteindre une rive sans connaître de repos sans savoir quel sera le dénouement après la lutte

il nous faut encore expliquer qu’étudier que baiser que voyager peut être une histoire sans conclusion comme dans

« non, ce n’est pas un passe-temps avant les enfants »

« non, ce n’est pas un paravent à notre ennui »

« non, ce n’est pas un prétexte à notre ambivalence »

« non, ce n’est pas un prix de consolation »

il nous faut répéter « non » avec nuances

il nous faut se résoudre au sexisme léger se délester du poids du collectif viser l’individuel le rationnel le promotionnel le consensuel

il nous faut honnir la CAQ sans écorcher les caquistes cribler de crachats le pouvoir par la diatribe la rhétorique altière, mais exempter les électeurs de toute responsabilité

ne vous en déplaise il y a quelque chose de pourri au royaume de la piscine creusée

et nous qui parlons au milieu des nôtres nous qui empestons le chlore le maquillage Sephora et les relents de Tim Hortons nous ne sommes ni ailleurs ni au-dessus nous écrivons nous parlons étendues sur les pelouses phosphorescentes

nous pianotons sur nos claviers compulsivement à même les stationnements à niveau du Carrefour Laval au centre de notre royaume où aucun feu ne brûle, mais où tout brille

centristes de salon

gauchistes de pavé

radicales de l’UQAM

notre mot d’ordre est démocratiser toute

abattre les hiérarchies jouer du coude dans une manifestation féministe mixte et dénoncer les faux alliés, mais sourire poliment aux pères aux oncles aux cousins et à leurs mains baladeuses parce que le party de Noël est un haut lieu de pacifisme

un safe space pour la modération ainsi n’attendent-ils que la deuxième bouteille de vin avant de faufiler leurs désirs hypocrites et leurs fantasmes incestueux sous nos robes en murmurant

retenez vos souffles retardez vos bombes mimez vos sagesses pourrissez statues de sel

de grâce soyez indulgentes tolérantes conciliantes

de grâce ne soyez pas démesurées décidées conséquentes

de grâce cessez vos caprices vos crises vos convulsions

de grâce laissez-nous chanter en chœur les verges dressées

 

ladies witches bitches

we crave to fight them

chase them scare them

it’s not over until we

finish them

 

 

Le titre est tiré de Les Aristochats (1970) réalisé par Wolfgang Reitherman