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papa
maman
exile
souvent
encore

 

catastrophe
blessure
dommage
encore

 

jamais
on rentre
tu pars ?
encore

 

collant
genoux
pansement
enfant
demain
encore

 

lumière
tard
lumière
tôt
matin
encore

 

 

Encore les mouettes

 

Une odeur sauvage de sel et de feu dans l’air froid qui caresse ma joue pendant qu’il me poignarde dans le dos. Amère en bas de la rue, avec le filtre qui brûle les lèvres et les doigts, je regarde là-haut, les oiseaux migrateurs qui foutent le camp. Tentant.

Les feuilles craquent sous mes pieds comme les carcasses de petits animaux morts.

Une nouvelle nuit, grandiose et insignifiante, le même cycle qui n’en finit pas de se mordre la queue, en ballade sous les néons, à faire semblant et chercher un Graal inexistant pour remplir nos nuits vides de sens, nos nuits d’étudiants en perdition, en manque d’amour, d’aventure, en manque de parents pour la première fois et avides de justifier une liberté nouvelle, de justifier leurs craintes, à eux, tout là-bas à la maison, de leur donner raison, de leur faire peur en cachant à moitié une vérité pas si pire.

C’est peut-être la fin ou le début de quelque chose, sans doute les deux.

Et le mois de novembre comme une promesse bancale, un chèque sans provision, qui dit que peut-être encore, peut-être toujours.

Et alors, et alors on attend d’être grands, pour toujours.

La ville est violette, la ville est violente quand le jour se lève sur le début de ma nuit. Tout cesse d’exister dans le bleu et le froid, je suis le seul témoin de l’indifférence générale du monde.

Et tous les papillons de nuit tombent d’ennui, tombent du ciel en poussière brune et je tire la couette sur mes yeux fatigués pour oublier la pâleur dehors et je garde tout le froid de la nuit sur moi. Le cœur effiloché par les choses irréparables, comme casser une boule à neige, briser un instant sacré, on dort pour oublier.

C’est pas si grave.

C’est pas si simple.

Me réveiller chaque jour et me rappeler que je suis grande grande jusqu’à Montréal, presque jusqu’à mes dix-neuf ans, j’étais au moins grande comme ça.

 

regarde regarde regarde comme je suis grande dans la lumière quand je serai grande, je serai grande dans la lumière regarde.

maman

 

j’ai l’impression d’oublier quelque chose

 

Oublier si ça fait deux mois ou deux jours ou deux siècles que je suis partie.

Oublier de compter les marches bleues jusqu’à l’appartement tout tordu et le frigo avec rien qu’une grande jar pleine de cornichons.

Oublier la peur des tunnels noirs dans le métro, la peur de tous les avions qui s’écrasent dans toutes les montagnes et des crocodiles dans mon lit.

Oublier de compter les étoiles en plastique fluorescent qui brillent comme de toutes petites promesses au plafond de ma chambre.

Oublier la chaleur miraculeuse des rochers qui respirent d’un souffle millénaire sous mes mains d’enfant qui voient de la magie partout et l’infinie dans les flaques

Oublier la fête foraine avec ses petites ampoules multicolores qui clignotent, et les tentes crasseuses sur le terrain vague et le carrousel qui tourne, tourne, avec ses animaux bizarres qui ont tous perdu leur maman trop tôt et ça les a rendu méchants.

Oublier que je n’irais jamais assez loin, assez vite, pour semer les casseroles, la farandole de casseroles qui scandent d’une voix métallique la symphonie du sabotage.

Oublier les choses enfouies.

 

La marée a tout emporté, mais c’est un enterrement joyeux et on irait tous pisser sur la tombe de notre enfance et trinquer aux espoirs périmés, aux illusions édulcorées et à la vérité qui fend le cœur.

 

Tel est pris qui croyait prendre le large.