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En naissant on ne m’avait pas dit que j’allais détruire.

 

Je ne savais pas qu’aimer sans carré couperait au centre je croyais que l’amour se faisait toujours en cercles.
Je ne savais pas qu’ouvrir le temps le briserait
Je croyais vraiment que c’est en le coupant qu’on le créait.

 

Depuis mardi tu n’habites plus mes nuits
Tu ne suspends plus tes vacances pour mes élans tu n’as plus à te plier à mes pentures
T’obliger à comprendre quand je parle de non-opinions d’étiquettes invisibles et de clôtures qui n’en sont pas
Tu n’as plus à travailler aux ponts, tu peux faire des points tu peux faire tes muscles enfin ça va, tu peux être en paix de moi.
Plus à nous regarder naître et renaître et mourir encore, comme j’aime que tu le fasses. Plus à te baigner dans le profond, comme j’exige que nous le fassions
« Exige » aura toujours ta voix fatiguée.

 

On ne m’avait pas dit qu’en ouvrant les lèvres je t’arracherais un bras, que tu ne saurais pas comment vivre avec le seul qui reste, qu’il tremblerait autant en tenant ma voix au bout des doigts, qu’il te faudrait utiliser une jambe pour ramasser tous les mots que le bras que tu n’as plus aurait laissé tomber près de tes pieds qui par ma faute disparaissent encore.

 

On ne m’avait pas dit
Que même tes orteils brûleraient
Qu’il y aurait assez de place pour trente pour cent de culpabilité dans mon cœur-cuillère
Le gâteau que je fouette depuis douze ans goûte sucré d’un bord le feu sur le côté.

 

Les mois ont craqué au centre de nous tu ne savais plus où accrocher ton linge de sport
Comment manger la pastèque le matin où placer tes coudes quand tes mains accueillaient mes seins
Comment créer des coupoles dans ton désir, des calebasses qui ne me blessent pas

 

Tu ne savais plus comment être assez, c’est ma faute, mon cœur est un ogre.

 

Mon cœur est la partie louche du rond
Dangereuse et immense
Avec presque rien que la fièvre de connaître au centre
Tu es parti et depuis ton silence me demande sans arrêt comment prendre une fièvre entre deux mains
Surtout avec un seul bras, han.

 

À l’équilibre de l’été tu dis rupture
Ça inonde la chambre la saison m’hydrate
Tu dis rupture et c’est un bateau en Méditerranée, un trait quand j’ondule, une cruche qui lâche.

 

On ne m’avait pas dit qui nous prévient que notre cœur meurt tranquillement de faim
Qui nous explique qu’en revivant il fracasse comment j’aurais pu savoir que mes contours disloqueraient, que manger tout à fait manger l’amour te briserait. Comment j’aurais pu savoir, mon cœur, qu’en existant au complet, je te crierais tout le temps après.

 

Tu es parti j’attendais de voir pour les ressacs mais mon corps n’a pas bougé vers le centre du lit
Le flou flotte dans les draps j’ai remisé la brosse à dents de bambou dans le creux de mon épaule
Tiré la couette de mon cœur mon cœur fatigué mon cœur éperdu mon cœur confis
Mon cœur-océan mon cœur qui ne rentre plus à la rivière
Je déborde
Je n’ai pas peur j’ai des trous
Que je trace du bout de l’index, je veux connaître cette absence.

 

L’été n’arrête plus de ne pas finir je ne sais plus comment le divan du monde je n’ai que des chaises et des tapis de sol mâchés
On ne m’avait pas dit qu’il faudrait se coucher pour rentrer dans les coutures je déchire sans arrêt mes besoins sont des bombes les rubans me pètent entre les doigts je t’installe des boules dans le ventre excuse-moi je ne sais plus le courage doucement
Ce n’est pas le courage c’est la survie et ma survie te détruit.

 

Pour guérir
Tu installes des piqueries de ton bord tu roules des kirtans à vélo dans Montréal
Pour guérir
Je porte ma jupe tout près de mes seins nus je vais camper dans les creux de l’Espagne
Tu es parti par la ruelle depuis j’ai envie de faire l’amour de ma gorge, je ne connais pas encore l’autre corps il s’insérerait entre mes branchies, je deviendrais un poisson sur l’autoroute
Un poisson qui vit à l’air

 

Je ne savais pas
Qu’en naissant j’irais détruire
D’espace

 

Bientôt je prolongerai le plein centre du monde et une erreur dira tout
You are killing him but it’s not your fold.

 

Tu es parti et depuis des petits spots de lumière me poussent entre les côtes
Entre la peur d’empiéter et la drogue des terrains vagues quelque chose danse
Tu es parti par la ruelle qui a vu naître nos chats et depuis l’inconnu m’encense
Je nourris les ratons laveurs avec les croquettes de poulet j’achète de l’espace supplémentaire j’ai les fonds pour ça

Je ne veux pas aller à la conclusion mais tu t’absentes et je rêve aux champs de miels assez grands pour me prendre tu t’absentes pour peut-être toujours je te porte comme une seringue à EpiPen dans mes fractures qui guérissent peu importe l’écartèlement

 

Je ne rétrécirai pas.