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AVERTISSEMENT
Ce texte comporte des scènes d’agression sexuelle, de violence et de meurtre.

Il est également important de noter que ce texte est un ouvrage de fiction. Même s’il contient des faits réels, certains n’ont pas été vérifiés de manière exhaustive pour en assurer la véridicité.

 

 

Le 24 décembre 1990, Tammy Homolka est déclarée morte. « Elle a trop bu », disait Karla Homolka. « Elle s’est éraflé le visage en tombant sur le tapis », disait Paul Bernardo. « Comme c’est dommage », disaient les autorités. Prenant les airs d’un accident, la mort de Tammy est passée inaperçue.

 

Paul et Karla ont dû observer le stationnement par la fenêtre en silence d’où les ambulanciers et les policiers gagnaient la route à la file indienne. On peut penser au regard que le couple a échangé une fois que les autorités ont quitté la propriété. Serait-ce le même que Paul posa sur Karla lorsqu’il l’aperçut pour la toute première fois le 17 octobre 1987 dans le restaurant de l’hôtel où les deux séjournaient ? À partir de ce moment, instantanément amoureux fous l’un de l’autre, Paul n’hésitait pas à faire les 140 kilomètres de Scarborough à Saint Catharines deux fois par semaine pour rejoindre Karla. Deux ans plus tard, à la veille de Noël, Paul demanda la main de Karla à Niagara Falls.

 

Rien ne clochait chez sa fiancée. Ou plutôt, presque rien. Au grand dam de Karla, Paul n’avait qu’une chose à lui reprocher : elle avait déjà perdu sa virginité. Mais il était ingénieux, il existait bien une façon de la lui donner : elle pouvait le faire par l’intermédiaire de la personne la plus proche d’elle, Tammy, sa sœur de quinze ans. Karla accepta.

 

Le 23 décembre 1990, un an après les fiançailles, la future mariée rapportait des sédatifs de la clinique vétérinaire où elle travaillait. Elle s’installa dans sa voiture et les déposa près du caméscope logé dans son coffre à gants. De la rue, elle pouvait voir les décorations de Noël que ses parents avaient mises sur leur maison. Paul était déjà arrivé, à en juger par sa voiture garée dans le stationnement. La famille mangea ensemble, parlant des festivités à venir. Ils écoutèrent la télévision, se plaignant de la morosité des nouvelles à ce temps de l’année. Comme il se faisait tard, les parents de Karla et de Tammy se retirèrent dans leur chambre à l’étage. Après avoir fait la vaisselle, Paul, Karla et Tammy allèrent au sous-sol. La différence de dix ans n’arrêtait certainement pas Paul de faire des avances à la petite sœur de sa fiancée. Karla incita sa cadette à boire un cocktail de vin, de sédatifs de l’hôpital vétérinaire et de somnifères jusqu’à ce que Tammy perde connaissance. Prévenante, Karla couvrit le visage de sa sœur avec un linge imbibé d’halothane. Attendant ce moment depuis un an, Paul viole le corps inerte de Tammy. « À ton tour », dit-il à sa fiancée. Karla accepta.

 

Pendant ce temps, le caméscope tourne. Tout semblait se dérouler à merveille pour les futurs époux, jusqu’à ce que Tammy commence à vomir et s’étouffe. Ils la rhabillent, mettent le linge souillé dans la laveuse pour effacer les traces d’halothane, passent l’aspirateur et appellent l’ambulance pendant que les parents de Karla dorment. La mort de Tammy est déclarée un accident.

 

Un mois plus tard, Paul et Karla déménagent dans leur propre maison à Port Dalhousie. Le 15 juin 1991, il réveille Karla pendant la nuit. « J’ai une surprise », lui annonce-t-il. Leslie Mahaffy, une écolière de 14 ans, est ligotée dans leur salon.

 

Plus tôt dans la soirée, le jeune homme de 25 ans passait en voiture dans les rues désertes de son quartier. Il avait discerné une silhouette se déplacer vers l’arrière d’un des bungalows. Il s’arrêta devant la maison, descendit les fenêtres de sa voiture et s’alluma une cigarette. Leslie entendit l’appel d’un inconnu venant de la rue. Il lui offrit une cigarette et pour calmer ses nerfs, elle y consentit. Elle lui expliqua qu’après avoir été boire chez ses amis à la suite des funérailles d’un élève de sa classe, elle avait encore une fois enfreint son couvre-feu et que ses parents avaient verrouillé toutes les portes de la maison, l’empêchant d’y entrer. À peine quelques minutes plus tard, elle était bâillonnée dans le coffre de Paul.

 

Bernardo et Homolka répétèrent la même scène qu’avec Tammy. Comme s’ils obéissaient à la mémoire musculaire, ils déposèrent le caméscope à un bon angle, ils appuyèrent sur Record et ils violèrent Leslie Mahaffy l’un à la suite de l’autre pendant 24 heures. Pour faire bonne mesure, ils étranglèrent l’écolière, la dépecèrent, couvrirent ses membres dans des blocs de ciment et les jetèrent dans le lac Gibson. Deux semaines plus tard, le 29 juin 1991, Paul et Karla s’unirent par le mariage à Niagara Falls. Les membres de Leslie sont retrouvés par des pêcheurs la même journée.

 

Le 16 avril 1992, Bernardo et Homolka avaient envie d’obéir de refaire l’expérience. Ils aperçurent Kristen French et la kidnappèrent. Karla la tenait bien en place dans la voiture en lui tirant les cheveux depuis la banquette arrière. Cette fois-ci, pourtant, ils avaient fait une erreur : des témoins avaient assisté au kidnapping. Peut-être que Paul se sentait trop confiant. Après avoir commis une vingtaine de viols lui gagnant le nom du Scarborough rapist par les médias des années auparavant, il se croyait toujours insoupçonné et qui plus est, il était désormais accompagné.

 

Peut-être que Paul se sentait aussi trop confiant par rapport à la fidélité de Karla. Après cinq ans de violence psychologique et physique, les menaces de montrer les cassettes vidéo aux autorités si elle osait partir n’avaient plus d’effet sur elle. Lorsqu’il lui inflige deux yeux au beurre noir avec une lampe de poche et lui brise des côtes, elle tente de trouver les enregistrements, sans succès. Pendant la même période, les autorités identifient enfin le Scarborough rapist. Ils interrogent alors Karla qui confie tout, mais seulement s’ils acceptent de conclure un marché avec elle.

 

Elle avoue que Paul a commis une vingtaine de viols dans la région de Scarborough, qu’il est responsable de la mort de Tammy Homolka, de Leslie Mahaffy et de Kristen French. Elle confie qu’elle a été forcée de commettre les crimes, que Paul la battait à répétition, qu’il lui faisait du chantage avec les cassettes vidéo. « Vous n’avez qu’à les regarder », assure-t-elle. La maison de Bernardo et d’Homolka est soumise à une fouille pendant 72 jours. Elles demeurent introuvables.

 

En juillet 1993, Karla Homolka plaide coupable. Elle reçoit une peine de 24 ans en prison.

 

En septembre 1994, l’avocat de Paul Bernardo démissionne. Son remplaçant se voit alors recevoir les cassettes vidéo, précédemment cachées dans le toit au-dessous du plafonnier d’une des salles de bain de la maison. Après deux semaines d’hésitation, il les remet aux autorités. En écoutant les enregistrements, il apparaît alors évident que Karla Homolka leur avait menti : elle avait participé en pleine connaissance de cause à la torture, au viol et au meurtre de sa sœur et des deux écolières.

 

Le 1er septembre 1995, Paul Bernardo est reconnu coupable des neuf chefs d’accusation retenus contre lui. Il est condamné à l’emprisonnement à perpétuité.

 

***

 

Karla Homolka habite aujourd’hui à Montréal sous le pseudonyme de Leanne Teale. Elle est mariée et a donné naissance à une fille en 2007. N’ayant passé que la moitié de sa peine en prison, elle semble s’obstiner à mener une vie sensiblement normale. Quand est-ce qu’un déclic s’est opéré dans la tête de Karla ? Apprenant que son fiancé avait violé toutes ces femmes, les suivant de près depuis leur arrêt d’autobus, l’expérience lui avait-elle paru tentante ? Lorsque Paul lui réclama la virginité de sa petite sœur, avait-ce assouvi une envie dissimulée au plus profond d’elle-même ? Est-ce qu’au moment de voler les sédatifs de son emploi, de savoir qu’elle allait filmer le viol de sa sœur, avait-elle eu un doute ? Après l’avoir tué, en faisant le lavage ou alors en passant l’aspirateur, avait-elle commencé à désespérer ? Alors qu’elle mentait aux policiers dans le but de recevoir une peine plus douce, elle savait depuis longtemps ce qu’elle faisait, elle était en parfaite maîtrise d’elle-même. Paul Bernardo a eu le mérite de se reconnaître comme le réel psychopathe qu’il était. Dans le cas de Karla Homolka, elle a eu la prétention de se croire digne de vivre sous l’anonymat d’un autre nom et de faire du bénévolat à l’école de sa fille, qui est maintenant presqu’à l’âge de Tammy Homolka.