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198 West 21th Street, Suite 721
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Illustration d’Alice Gaboury-Moreau

 

J’étais dans la maison au toit cathédrale et aux fenêtres jusqu’au plafond. Je me déposais fragile, cuisses contre carrelage froid devant ces vitrines immenses qui offraient l’infinie blancheur du lac figé en accalmie. L’horizon et les songes se butaient à une lisière de conifères. Cette frontière me rassurait ; il existait une autre rive.

J’ai souvenir de l’inondation de lumière dans la vaste pièce commune. Au zénith, j’étais éblouie de contrastes. C’était l’apogée éclairant. Je sombrais et la maison débordait de soleil.

Il y avait l’homme dans ses pelures multiples. Je l’effeuillais en textiles hivernaux. Les bas de laine, les combines et les pantalons de pyjama ; le t-shirt finalement sous deux chandails à manches longues. Il était frileux et je ne portais qu’une robe de chambre vaporeuse. Nous étions à des pôles lointains. Le fil qui nous retenait dépassait de son encolure et je jouais au funambule avec mes doigts.

Ce qui restait de nous s’étirait comme l’hiver. Mars se pointait le bout du nez et la neige se faisait chauffer la couenne. Nous restions longtemps biaisés de silence et de lenteur à regarder le lac se dégeler. Quelque chose dans ce mouvement imperceptible me ressemblait et nous le savions. Avec indolence, je me déshabillais de mes glaces.

Notre lit était un radeau, le plafond était un ciel blanc, le lustre un astre artificiel et nos étreintes nous tricotaient serrés le temps qu’il fallait pour qu’on se reconnaisse. Il nous semblait pourtant (il me semblait) que rien ne pouvait s’immiscer dans ce confort-là, dans l’apaisement de nos corps en friche. Mais parfois, après l’amour, je lui demandais « colle-moi » et il me répondait « je n’ai pas les outils pour ça ». J’éparpillais mes morceaux.

Mais que reste-t-il après l’amour ?

De temps en temps, il remuait les braises. Je glissais mes pieds nus dans ses bottes trop grandes et je sortais les épaules et les jambes au vent pour remplir mes bras de bûches de bouleau et de frêne. La shed à bois, les écorces qui grafignaient ma peau, l’odeur du froid, ma respiration en vapeur, l’hiver qui m’enlaçait et le feu qui ne devait pas mourir. J’aurais dû ne pas être malheureuse.

Notre avenir était piégé par mes larmes muettes. Je me rétractais tranquillement, me couchais en petite boule à l’intérieur de moi. Mon malheur était sa défaite. J’étais seule dans mes pensées quand je regardais notre habitat initial nous déconstruire. Ce lac qui nous avait vus grandir du haut de ses soleils couchants ne pouvait rien pour nous. Nous étions le bout du souffle et le souffle coupé court.

Cette maison riveraine était une boîte pour nos points finaux.