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Elle croyait que tout serait toujours doux
Qu’ensemble était leur nature
Que les saisons couleraient sur leurs dos même courbés contre d’autres
Elle croyait que l’espace polirait
Que la distance rapprocherait
Mais le temps a durci
On dirait un petit marteau de verre
Elle n’a presque plus de force pour cogner les clous.

 

Elle pleure plus que jamais dans l’allée des viandes au supermarché
Porte les mêmes trois gilets en alternance depuis un mois :
le gros beige, le petit beige, le mince blanc, tout le reste dort
Elle se promène sur Mont-Royal une laitue au bras des sacs à recyclage dans l’autre
On dirait des bébés sur la rue glacée ça la fait tomber
Elle glisse dans la potion du jour
Traîne ses pieds mouillés
Elle revient toujours des mêmes cafés
N’a plus d’énergie que pour aimer
Elle voudrait aimer
Qu’aimer rien d’autre qu’aimer elle est fatiguée.

 

Elle ne sait plus s’il faut dormir nue
S’il faut respecter l’espace ou bien tout piller
S’il faut prendre son visage à deux mains en brasser le non-sense away
Ou si les blessures guérissent seulement quand le pardon ne veut rien d’autre que lui-même.

 

Elle ne sait plus s’il faut dire qu’on sait tout
Les multiples cœurs rouges les je t’aime aussi les si tout va bien on se verra tantôt
Elle ne sait plus s’il faut embrasser le mensonge
Lui faire l’amour à travers les sacs de plastique qui sèchent
Qui prennent merde vraiment tout leur estie de temps à sécher
L’humidité commence à manquer, toutes les plantes du petit appartement penchent.

 

Elle regarde le comptoir y voit des obsèques
Elle rêve de chats qui crèvent de bébés qui meurent avant de naître
Se réveille trempée ses seins sont des creux dans un chandail aminci
Il y a un grand trou dans leur cuisine, elle ne sait pas comment le prendre
S’il faut le contourner y mettre le pied
Y entrer complètement ensemble, s’y lover
Faut-il l’y appeler
Écrire son nom sur les parois lui rappeler
Comme leurs corps s’emboîtent dans les secousses
Comme la mer revient toujours comme ce qui est précieux l’est
Comme ils ont creusé tout ça à deux ils se sont prêté la pelle en pleurant, se regardant juste du coin des yeux
Ensemble ils ont creusé la fosse qu’ils vivent maintenant chacun de leur côté
Elle a toujours aimé les trous voilà maintenant elle l’a
Le plus grand c’est inimaginable ça lui coupe le souffle elle en perd la voix
Inimaginable comme rien peut tant envahir
Peut-on le recevoir à deux poitrines quatre mains
Ou bien c’est immanquable : rien sépare.

 

C’est que le rien
Ne ressemble plus aux libertés que prennent ses vêtements préférés
Aux perforations dans les sacs de voyage, aux échancrures dans les cahiers d’école trop sérieux
Non là c’est une immense fosse qui suce le temps
La vraie, la plus grande qu’elle a jamais vue
Elle a visité les cavernes et les volcans pourtant
Non ici il faut rester
Laisser les blessures être réactivées ne pas poétiser
Réapprendre l’équilibre des présences partagées la danse des jours corrects
Apprendre à donner des chocolats aux protéines sans recevoir un seul fruit
Traverser les nuits-zombie le cœur en paille
Judicieusement utiliser le jet de la douche pour couver le bruit des larmes
Attendre les réponses bleues qui viennent des heures plus tard attendre que les yeux reviennent la chercher pendant l’amour attendre les premières cuillères dans la nuit attendre
Qu’il décide de l’aimer encore.

 

C’est le deuxième travail le plus difficile de sa vie le premier c’était de manger
Avant il lui tendait la fourchette lui tendait la carotte des maternités
Elle croyait que leurs voix se répondraient toujours dans les drames
Mais le plus grand trou du monde dort maintenant dans leur maison
Et avale les mots comme fleur, cœur, amour, de, ma, vie
Ici il suffit de chuchoter pour mesurer le vide
Un seul murmure pour que l’écho réponde
Et vibre jusque dans le hamac
D’été plié près de la porte d’hiver.

 

Cinq mois séparés le creux s’élargit encore elle n’avait pas vu venir la brisure
La lumière leur passe encore dessus
Elle le voit elle la voit elle voudrait lui ouvrir les paupières de force
Lui prouver comme la lumière est là
Mais faiblit
Elle est rose si rose si tendrement rose encore
On lui dit que ça prendra beaucoup de temps
Ça s’espace ça ne durera peut-être pas.

 

Elle pleure plus que jamais elle veut plonger les mains en eux
Doucement retaper la terre il faut comme la forêt après le massacre tranquillement reboiser
Elle fatigue c’est presque perdu, mais la seule chose que le souffle sait c’est que quelque chose vaut toute cette peine
Il existe
Des fleurs de désert et des papillons
Qui se nourrissent des larmes de tortues.

 

Quand elle rentre à la petite maison blanche et que ses bottes à lui attendent
Plus brunes encore qu’avant le désastre
Elle n’a plus que le cœur de penser à ses pieds
Ses pieds d’amour ses pieds
Doivent avoir froid dans l’hiver de ses souliers
Ils doivent geler, mais comment peut-il geler loin comme ça
Où est-ce qu’ils sont allés se perdre dans quelle rangée l’amour est-il pogné
Ensemble ils ont mis le feu à la vie
Ils sont debout au centre des cendres
Se demandent quoi faire avec ça maintenant.