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Notre vision du monde, c’est l’eau que nous buvons. C’est ce qui fait de nous les gouttelettes du vaste puit de notre culture, des gouttelettes qui parfois voyagent.

 

Je me souviens qu’un soir de décembre, au sein d’une contrée lointaine, je me suis écriée : « Depuis que Gaeon est partie, la chambre me paraît vide. Je ne sais pas si je pourrai vivre seule un jour. » Puis, il m’est venu à l’esprit que le logis de Xia n’abritait probablement qu’une personne, puisqu’elle est célibataire. À mon air contrit, mon interlocutrice a sans doute deviné mes remords, car elle répondit, comme pour me rassurer : « J’ai l’habitude. Je vis seule depuis que j’ai commencé à travailler. » Une ombre triste a défilé dans ses beaux yeux noirs et j’ai enfin compris ce qu’elle avait sacrifié pour ces quatre années passées loin de sa Chine natale.

 

En Chine, un membre de la gent féminine d’au moins 27 ans qui n’est pas mariée est une sheng nü, « une femme dont personne ne veut ». Ce mot, empreint d’une connotation péjorative à vous glacer le sang, trouve écho dans une confession de Xia : qu’elle n’ait pas encore trouvé d’époux, voilà l’unique regret de sa mère. Le fardeau de la déception maternelle et de la solitude doit être bien lourd à porter…

 

Pour mes amies chinoises qui se sentent contraintes de choisir entre un homme et une carrière, Xia est un miroir. Pour mes amies canadiennes et moi, elle est le reflet d’un imaginaire collectif dans lequel une vie en couple semble plus désirable qu’une vie de célibat. Je voudrais serrer Xia dans mes bras et lui servir de bouclier. Je voudrais que les larmes tapies au fond de son cœur s’évaporent.