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La story de K.D.

J’ai vu ça en story : de l’autre bord, dans le rest of Canada, un gars cute que je suis sur Instagram, il post des vidéos de lui au Westgay à Vancouver, un bar de drag pas mal réputé. OK, j’avoue que c’est un bar le fun, mais je m’imaginerais jamais que ce genre de choses arrivent là. Le gars il y est avec des amies de fille, il prend un shot, deux shots, paye des shots à la fille de sa rangée de bar, paye des shots à toutes les filles du bar, coudonc on est-tu dans un bar gay ou il y a juste des filles ? Paye des shots à un gars cute au loin, casquette noire Prada, des vêtements noirs on sait pas la marque, les gars malgré l’alcool sont quand même gênés, ils s’assoient sur une banquette à côté d’un groupe de filles, les pantalons noirs s’étendent les uns sur les autres, dedans on voit le gun grossir pareil que sur l’album des Rolling Stones. Les stories du gars que je suis défilent à coup de cinq secondes, il tripe vraiment pis veut tout documenter, en premier on voit un selfie vraiment content les dents apparentes l’air un peu saoul, la photo reste cinq secondes, après on voit une photo de l’autre avec un hashtag qui mène à son Instagram, cinq secondes la photo, ensuite ça part en vidéo : ils dansent intense sur le dansefloor pis frenchent comme s’il y avait pas de lendemain. Pis là ! Silence radio. Plus d’updates même si t’attends trente minutes dans ton lit, quarante-cinq minutes une heure tu te dis qu’ils doivent être rentrés, que leur désir les brulaît tellement qu’ils sont rentrés à minuit, même s’il restait encore trois heures à la soirée, tu penses que le gars a fait fuck that j’habite juste en face vient baiser.

 

C’est pas exactement ce qui s’est passé. En fait, les stories ont recommencé après une heure et demie de pause, dévoilant un taxi sombre on voit pas très bien mais on voit apparaître Toxic de Britney Spears sur la radio. Mon ami Instagram est en train de crier parce qu’ils ont volé la sacoche de l’une des filles sur la banquette. Le gars pis sa date arrivaient plus à trouver le tote bag du gars avec toutes ses affaires, ils s’étaient assis trop occupés à se dévorer des yeux pis leurs sacs s’étaient mélangés avec ceux des autres. En repartant, mi-frustrés mi-pressés, ils avaient pris la sacoche de « Kristen ». Tant pis pour « Kristen », ce serait elle qui payerait pour toute le reste de la soirée. De toute façon les assurances la rembourseraient, à mon avis ils avaient pas à s’en faire. Le gars a fait une tournée des bars, en a profité pour rentrer à trois heures, même heure de fermeture des bars qu’à Montréal, sept heures de moins dans l’Ouest canadien à cause du décalage. « Kristen » a tout payé. Taxi vers le bar. Shots au bar. Nourriture pas chère en chemin. Taxi vers la maison.

 

Le lendemain, c’est plate, on a jamais su ce qui est arrivé à la date cute de mon ami. Au réveil il a juste publié un bloc de texte qui racontait la fin de sa soirée. Turns out, la sacoche c’était une sacoche fashion qui valait genre cinq mille dollars. Y’avait mieux : pendant que les deux gars faisaient le tour de la ville pis criaient à en mourir des remerciements à « Kristen », les filles au bar sacraient comme des folles en essayant de trouver la sacoche. On a dû arrêter toutes activités, ouvrir toutes les lumières pour trouver la sacoche. Sans succès. La propriétaire c’était Kristen Dunst, une actrice pas pire connue venue des États-Unis un week-end faire la fête incognito parce qu’il paraît que les Canadiens sont des groupies moins violents que les autres. En se réveillant le gars d’Instagram avait décidé de fouiller dans la sacoche pour voir s’il y avait pas de l’argent pis s’il pouvait pas peut-être trouver un moyen d’envoyer le portefeuille à sa propriétaire. C’est là qu’il s’est rendu compte de son erreur. Quelques jours après, la Kristen est passée à Oprah avec la fameuse sacoche de riche, une émission qu’elle avait tournée quelques jours avant d’aller à Vancouver. C’est ça l’histoire. Tu sais qu’elle est vraie parce qu’à un moment donné dans les stories, tu pouvais voir apparaître derrière les deux gars qui frenchent des petits cheveux blonds, probablement au même moment qu’elle filmait Melancholia.

 

La story de R.P.

Ru Paul dit If you can’t love yourself, how the hell are you going to love somebody else. On reproche aux drags de pas être assez eux-mêmes quand elles pleurent et qu’elles affichent des doutes. Être soi-même, à la télé, c’est une phrase-choc et un trait de caractère. Une version amplifiée de soi-même. Le reste, on l’édite.

 

 

La story de Xavier

Aux dernières nouvelles, Xavier va tourner un film qui s’appelle Matt & Max, un film sur deux jeunes gays qui découvrent leur sexualité ensemble. Vu que je le suis, je sais qu’il a tripé pas mal sur Beach Rats pis sur Call Me By Your Name pis sur God’s Own Country, pis qu’avec Moonlight qui a gagné les Oscars je me suis demandé, peut-être comme lui, si c’était pas sa fenêtre pour en gagner un.

 

Il y a un moment, avant qu’Instagram existe, c’est avec J’ai tué ma mère que j’ai découvert, kind of, ma sexualité. J’étais en secondaire cinq quand c’est sorti pis je me suis ramassé dans une gang de secondaires trois à parler tout le temps du film. Tout le monde était gay (on était LGBT à ce moment-là, mais maintenant on dirait queer) pis on allait voir le film à répétition avec les cartes de nos mères. Quand j’ai eu ma première relation sexuelle avec mon chum, on fait du Pollock comme dans notre scène préférée pis Louis a joué au Neil Schneider sur moi.

 

La story de L.D.R.

Lana dit It’s never too late, to be who you want to be.

Are you who you want to be, Lana?

 

Illustration de Roxane Fiore