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Éditorial du nº13 — Ensemble

 

Le soleil revient enfin avec la chaleur que tous espéraient.
Les pieds dans un rayon, je remercie la brise douce et le confort.
Tout va bien aller.

À l’ordinateur, je suis déconcentrée par le convoi de fourmis venant faire le ménage de printemps à ma place dans le garde-manger en pagaille. Je m’arrête pour les observer. Sur le fond clair du placard, les petites fourmis noires ne semblent vraiment pas souffrir du syndrome de la page blanche.

Leur créativité me fascine.

Au centre, la majorité est dans le pétrin. Les six pattes prises dans le miel, une agglomération de minuscules insectes se tortille dans la flaque ambrée. À tout moment, d’autres se rajoutent; la communication de la crise semble inexistante. C’est la ruée vers l’or.

Dans un coin, j’en vois une partir seule avec un Cheerios entier. La gourmande paraît vouloir se retirer du groupe. Près d’elle, trois grosses fourmis noires en cuirasses, avec leurs mandibules entre matraque et guillotine, s’assurent de liquider une petite fourmi rouge. Pourquoi était-elle seule ? Était-elle un danger ? J’aimerais prendre la liberté de penser qu’elle se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment.

Par contre, dans la frénésie, c’en sont d’autres qui me gardent attentive. Une vingtaine de fourmis minuscules transportent les derniers flocons du sac d’avoine, délogeant au passage les plus fortuites de la fièvre du miel. La file de fourmis dans l’ombre des gigantesques boîtes de céréales est un train vivant où les maillons s’entraident dans la persévérance. Et c’est organiquement qu’elles s’enfuient avec l’impressionnante croustille de maïs. Apparemment, il n’y a pas de limites aux rêves. Ce ne serait même plus surprenant de voir s’envoler la poche de farine.

Le moment présent déguerpit aussi vite que ce petit carnaval d’abondance. La fête du printemps tout juste commencée tire déjà à sa fin. En sortant du placard, un peu comme en dansant, chaque pas représente une petite victoire. Les ouvrières hardies et les autres marchent collectivement vers le soleil, inventant leur histoire au gré des fortunes et des impasses.

Sans refermer le placard sur mes nouvelles colocataires, je retourne au traitement de texte. En chatouillant le clavier, l’écran-vivarium prend vie.