a

198 West 21th Street, Suite 721
Email: hello@yourdomain.com

Photos d’Alphiya Joncas

 

Toujours sur ces Îles que nous arpentons de gauche à droite, dans tous les sens, de tous nos sens. Ensemble c’est parfois avec elle, parfois sans.

 

Avec le silence comme conversation, la question de l’île devient relationnelle. Souvent une question de simultanéité, il faut que notre rythme s’arrime à celui du paysage pour qu’ils se complètent. C’est lorsqu’il y a jonction entre les deux, les trois, que la conversation avec le territoire peut commencer. C’est cette notion de rapprochement et de distance et ce qu’elle génère qui m’intéresse particulièrement, cet entre-deux dans ma relation avec l’île et/ou avec elle. Une fois que je m’éloigne de tout ça, ces lieux deviennent encore plus grands, ils deviennent des lieux d’états d’esprit.

 

À force de s’ennuyer du paysage, on vient à s’en créer de nouveaux. Parfois j’étends les draps de mon lit sur mes meubles en donnant l’impression que mon salon devient une chaîne de collines. C’est ce qui arrive quand on n’a pas de corde à linge ou quand on cherche l’horizon ailleurs que dans les édifices de la ville.

 

Je connais un monsieur, son île à lui c’est Anticosti. Je ne sais pas si c’est parce qu’il s’en languit lui aussi qu’il laisse les boîtes de son ancienne vie former un îlot au centre de son appartement. Il ne ramasse même pas la poussière qui s’accumule dessus. Peut-être espère-t-il qu’à force de la laisser s’accumuler, elle dissimulera les arêtes des boîtes qui formeront ainsi ses buttes à lui.

 

Mon meilleur ami bâtit sa vie sociale comme un archipel. Au gré de ses envies il voit un ami ou un autre, parfois tous en même temps. Un ami de jour de pluie, une amie de beau temps, un ami de tempérament. Il n’a pas besoin de meilleur ami, ses amis sont tous les meilleurs de quelque chose.

 

Elle, elle est d’abord allée aux Îles deux semaines ; sans savoir ce qu’elle y trouverait, elle a perdu ses clés. L’été suivant, elle a trouvé l’amour ; pas un homme de la mer, mais celui qui la chante. Trois mois plus tard, avant même d’avoir vu un jour d’hiver, elle a choisi janvier pour s’y poser, longtemps.

 

Et moi j’attends, sans savoir quoi, en me disant que peut-être demain j’y reviendrai.

 

À force de s’ennuyer du paysage, on appréhende le retour ; mais de quoi donc va-t-on parler/s’ennuyer une fois qu’on l’aura retrouvé ?